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4ème place aux Championnats du Monde… c’est grave Docteur ?

Cette semaine, et pour sa première, l’inénarrable Mr Grumpy nous gratifie de son billet d’humeur


Le 1 novembre 2014
Mr Grumpy pose un avis très personnel, s’exprime sans détour et sans ménagement sur les sujets qui l’inspirent autour du volley-ball. Coups de gueule, protestations, récriminations, critiques ; il n’est pas du genre à mâcher ses mots.
Mr Grumpy n’est pas passionné, encore moins un supporter ; nous pourrions le dépeindre comme un idéaliste, un romantique du volley-ball. Son ton peut être jugé acerbe et pessimiste mais il revendique une forme de liberté de parole décalée et se définit plutôt comme polémiste. Misanthrope, acariâtre et grincheux, il vit reclus dans une caverne des hautes montagnes, sans le moindre contact avec le monde extérieur.
Nous nous délectons de ses rares chroniques comme d’un Romanée-Conti, cuvée 1975 ; nous vous invitons à y goûter.

 

« Gargarisation » générale dans le microcosme du volley-ball français, pendant et (surtout) après la compétition polonaise fin septembre.
Tiens donc !
En même temps, disette, famine ; c’était régime pain sec en temps de guerre avec les Bleus. À vrai dire, pas grand chose à se mettre sous la dent depuis un bon moment…

Une 4ème place mondiale, au regard de l’état du Coq rabougri, défait contre la modeste Australie en juillet, ça en jette. Personne ne donnait cher de nos petits Bleus, boudiou… Même le plus finassé (ou bourré) des bookmakers anglais n’aurait pas parié le moindre pound sur ce scénario ubuesque (quand bien même connaîtraient-ils ce sport).

Mais là, « volleyfication » !
Articles quotidiens dans l’Equipe, joueurs télé-réalité « Les yeux dans les Bleus » sur beIN Sport, invités dans des shows du matin, présentateurs de documentaires sur l’Equipe TV, etc, etc. On y est ! Oui, on fait partie des Grands Sports Co’ Français, avec un Ngapeth zidanifié, parkerisé, michalakisé…

Rajoutons à cette petite sucrerie qui pétille délicatement sous la langue l’adoubement du volley-ball mondial, quant à la qualité du jeu produit, sur le terrain. Waouh ! Extase, orgasme… et ENFLAMMADE, bien sûr.

Et que doit-on entendre aujourd’hui dans les coulisses du volley-ball décisionnel français ? Un discours du genre ; « Ouf, là au moins, on en a pour 5 ans de tranquillité avec ce résultat! » Mais non, patate ! En surfant bien sur la vague de cette 4ème place, on peut même en tirer plus de 10 ans comme en 2002 !

Le plus incroyable, c’est que s’en sont suivies des pluies de protestations, de réclamations, déversées de toute part ; le volley-ball « Caliméro » somme toute : « Pourquoi ne sommes-nous pas plus médiatisés ? » « La Une de l’Equipe ne nous accorde qu’un petit encart après chaque match! » « Les basketteurs en demi-finale avaient eu droit à la Une ! » « Nous sommes le vilain petit canard du sport français. »

Et euh, retour sur terre, on a fait quoi en fait ? Sommes-nous des gagne-petit ? Peut-on se satisfaire d’une 4e place ? Mais surtout, pourquoi ne peut-on pas se satisfaire d’un tel classement ? Telle est la question shakespearienne à se poser.

Alors certes, arguons que c’est le Brésil, nation la plus titrée de ces dix dernières années. Rajoutons qu’on ne perd que 3-2 sur des scores étriqués, que la compétition était belle, qu’une équipe avec une identité propre est née, que des joueurs ont atteint un niveau de performance sur lequel on va pouvoir s’appuyer et qu’il n’y a pas eu de « Knysna » comme en 2010.

Très bien ! Accolades, embrassades, jouissances. Une pudeur légitime nous empêche d’aller plus loin.

Mais sinon, plus sérieusement, peut-on prendre deux minutes, enlever ces œillères au cuir trop épais… ou bien même les soulever un petit peu pour regarder dessous… oui, vous savez, un peu plus loin, en dépassant le simple stade du « volleytix ».

On se cherche tout le temps des excuses. La France est le pays roi pour s’en trouver. L’exemple s’applique inéluctablement au volley-ball, sport à la concurrence la plus rude – puisque pratiqué sur les cinq continents -, un format de compétition qui ne valorise pas la régularité des performances (incompréhensible au demeurant), jeunesse de l’équipe, etc, etc. On s’en est fait rabâcher les oreilles, de toute part, dans les médias.

C’est bien, car cette fois-ci, on a au moins eu le mérite de dépasser les habituelles causalités externes parmi lesquelles l’arbitrage, les blessures, l’heure du match, la pression des ballons, le public hostile et la couleur du Taraflex.

Pensez-vous que le spectateur lambda, le sportif du dimanche, va donner du crédit à ces raisonnements ? Lui qui pense encore qu’il faut avoir le service pour valider le point marqué ou utilise « le balancier » pour mettre en jeu le ballon lorsqu’il joue en famille, sur la plage ?

Assurément pas.

Quel meilleur exemple à nos yeux que celui de nos handballeurs adorés, tantôt Bronzés, Barjots, Costauds puis Experts mais toujours GAGNANTS ? Palmarès le plus fourni des sports collectifs, quadruples Champions du monde, triples Champions d’Europe, doubles Champions Olympiques. Quelqu’un trouve à redire que leur championnat de France de 1ère division soit diffusé chaque semaine, sur une chaine à abonnement payant (beIN Sport pour ne pas la citer) !? Tout ce qu’il y a de plus normal, et encore. À titre de comparaison, le volley se retrouve chaque weekend sur MCS et Eurosport pour nos dames, et parfois même la Coupe d’Europe en semaine.

Doit-on également se comparer au basket ? Que peut-on quémander ? Comment légitimer ces demandes ? Comment vendre le produit ? Comment « marketter » l’affaire ?

Il serait un tantinet malvenu, audacieux voire impertinent de se plaindre avec un palmarès qui se compte sur les 4 doigts d’une main, pour aucune victoire depuis 1948 !

Quant au basket, c’est 475 000 licenciés et TP comme ambassadeur, soit quatre fois plus que le volley avec Jeanne Azuki comme figure de proue.

Soyons objectifs, 100 000 licenciés, des règles de jeu complexes, des points qui ne sont appréciés à leur juste valeur que par les puristes, un format difficile à regarder à la TV et seulement trois petites « qualifications » sur les treize dernières Olympiades depuis 1964. Arrêtons là les inepties. Voilà où est le mal : l’absence de résultats !

Le volley-ball vu de l’extérieur, c’est le sport qui ne gagne pas. C’est le « sport » fun que l’on pratique sur la plage pour draguer la meuf bien roulée au bikini jaune. On connaît pourtant les recettes, non ?? Alors, l’œuf ou la poule ? Gagner pour être médiatisé ou être médiatisé pour gagner ?
Il semblerait que les médias fonctionnent en réaction et attendent les résultats pour s’y intéresser.

Alors, faites d’abord vos preuves et gagnez lorsqu’il est nécessaire. Gagner cette demi-finale perdue 15-12, lorsque l’occasion s’est présentée et puis sinon gagner cette importantissime médaille de bronze, pour pouvoir communiquer dessus. Oui les Bleus avaient les moyens, le chatoyant Brésil a bien été terrassé en finale ? Et l’ogre russe congédié au 3ème tour, non ?

Je ne passerai d’ailleurs que deux lignes sur le violent 3-0, subi lors du match pour la 3ème place contre les Allemands. Ça y est j’ai fini, ça fait mal quand ça passe, mais on n’en parle plus.

Mais non, il faut (juste) gagner !
GAGNER.
Gagner pour progressivement obtenir du crédit médiatique, voilà la seule issue. Ensuite, viendra le temps de revendiquer des choses. Gagner un premier trophée, puis rééditer la performance, enfiler les titres, être tout en haut de l’échiquier mondial, lasser des traces et garder en mémoire qu’on ne se souvient pas des deuxièmes (enfin si, dans ce pays oui, j’y reviendrai prochainement) ni des quatrièmes.

Messieurs, Mesdames, dirigeants de la FFVB, joueurs et coachs, votre responsabilité est ENORME. C’est vous et uniquement vous qui ferez grandir le volley-ball et, à terme, pourquoi pas tenter l’impossible, rentrer dans le top 20 des sports français les plus licenciés.

NB : Fédération de Pétanque et jeu provençal classée 11ème



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4ème place aux Championnats du Monde… c’est grave Docteur ? - Réactions (1)

  1. Philippe says:

    Tout d’abord bravo à JustVolley de mettre la question sur le tapis. Je mets de côté pour l’instant le côté « franchouillard » qui peut effectivement s’avérer être un handicap (voir la politique en France en ce moment : clochemerle est de retour pendant que tout meurt autour !)
    A la question : Faut- il gagner ?
    Réponse : oui, oui et oui
    – Oui, parce que c’est l’essence même du sport : la confrontation pour la victoire pardon baron !)
    – Oui pour la visibilité, le prestige, l’appartenance à ce qui ce fait de mieux : JO, Ligue Mondiale, championnats du monde, d’Europe, ….
    – Oui pour la dynamique de la discipline : montrer, prouver, que ce sport peut être un ascenseur
    A la question :
    – Faut il gagner pour augmenter le nombre de participants ?
    Ou
    – Faut il augmenter le nombre de participants pour gagner ?
    Autrefois, j’aurais répondu par l’affirmative à la première. Aujourd’hui, je dis « oui » mais ce n’est pas suffisant. Pourquoi ? Parce que le maillage territorial s’est délité. Exemple : dans l’Aude autrefois près de 30 clubs. Aujourd’hui, 5. Quand j’étais étudiant à Toulouse (années 73 à 77, je sais, ça date. Il y avait le TAC, le TUC, le TOC (non, pas le TIC) et des équipes autour un peu partout. Aujourd’hui : TOAC, Balma, l’Union, St Orens, Stade Toulousain, …) Même si les victoires de l’équipe de France donnaient envie aux jeunes de pratiquer notre sport, où seraient ils accueillis ?
    Il convient donc parallèlement aux victoires des équipes nationales, de développer l’accueil du jeune volleyeur.
    A la question : Pourquoi on ne gagne plus ?
    Plusieurs pistes de réflexion. (J’ai mon idée sur la question, mais on y reviendra plus tard)
    – Mauvaise préparation ?
    – Calendriers sportifs inadaptés ?
    – Carence de joueurs ?
    o Cercle fermé ( N’Gapeth, Tillie, bientôt Di Giantomaso, …) bien que le niveau des protagonistes ne souffre d’aucune contestation
    o Trop d’étrangers dans le championnat Français
    o Pas assez d’argent pour attirer des jeunes à fort potentiel athlétique (forcément attirés par des sports plus rémunérateurs)
    o Base trop restreinte = peu de choix
    J’arrête là. La suite plus tard après que chacun ait fourbi ses arguments.
    Le débat est lancé !

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