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Dorian Rougeyron – Mauricio Paes : l’interview croisée

Les deux entraîneurs de la finale de Ligue A de samedi, deux monstres du volley français, ont eu la gentillesse de répondre à nos questions sans connaître les réponses de l’autre… les voici pour justVolley !


Le 7 mai 2015

 

Une finale, ça se joue sur des détails. Lesquels ?

Dorian Rougeyron
« Comme tous les matches, une finale peut se jouer sur des détails (une relance, une passe de transition, un oubli de consigne, etc.) mais pas seulement heureusement. L’état de forme physique et mental sera déterminant. La capacité à être régulier caractérise les bonnes équipes… mais pas seulement. Gagner une finale c’est être capable d’être présent le jour J. »
Mauricio Paes
« La capacité à être lucide dans les moments clés à chaque fois (une relance, la passe d’un central, l’application d’une tactique, une consigne au service, tenir émotionnellement). Les deux équipes jouent bien en ce moment donc les détails vont faire la différence. »

Cette finale se résumera-t-elle à un duel Gjorgiev vs Konecny ou pas ?

Dorian Rougeyron
« La finale ne se résumera certainement pas à un duel Gjorgiev vs Konecny. Si ces deux équipes n’avaient que ces arguments, elles ne seraient pas là. »
Mauricio Paes
« Je ne crois pas. Au match contre Lyon, c’est Kreek qui a été déterminant, pas Gjorgiev. Certes, ce sont des joueurs clés, qui donnent de l’air, qui soulagent l’équipe, qui permettent d’assurer le side-out. Mais Paris, comme nous, est une équipe collective, il y a des mecs autour de nos pointus. À Cannes, quand j’ai dit à David de se réveiller, c’est qu’il y a des raison ; il nous fallait un David sans retenue, le groupe accepte qu’il puisse faire des erreurs, mais c’est à lui d’oser prendre des risques. »

Quelle est l’importance de vos remplaçants ?

Dorian Rougeyron
« Antoine (Brizard, NDLR) a beaucoup de responsabilités, car il rentre souvent en fin de set pour donner de la dimension physique à notre block. De ce fait, il a des side-outs à gérer en fin de set avec une forte charge émotionnelle. Seb (Frangolacci, NDLR) est un stabilisateur technique, tactique et émotionnel. »
Mauricio Paes
« Nicho (Hoag, NDLR), c’est pas vraiment un remplaçant, plutôt un joker ; il a eu de l’importance en coupe de France, un joueur qui peut rentrer en pointe, comme double pointe, au service, au bloc, on peut compter dessus. Au niveau du fonds de jeu, Adam (Bartosz, NDLR) peut soulager s’il y a problème en récep, apporter la p’tite défense, amener de la stabilité ; il a été déterminant en demi-finale de coupe de France. Gardien a énormément de qualités au contre ; il a été le petit joker en Supercoupe, mais même s’il a un rôle mineur par rapport à Dan maintenant, j’ai confiance en ses qualités au contre, qui s’avèrent souvent décisives contre Paris. Yannick (Bazin, NDLR), c’est un joker de luxe, qui s’exprime toujours avec beaucoup de joie, peu importe son rôle : passeur, pointu, serveur ; il a apporté énormément au groupe, c’est le petit plus qui peut faire la diff. Muller a très peu joué, c’est le partenaire d’entraînement qui offre de belles choses en def et au service et qui pourra peut-être apporter bientôt sa pierre à l’édifice. »

Sans en entrer dans le plan de match, quelle est la stratégie mentale que vous souhaitez inculquer à vos joueurs cette semaine ?

Dorian Rougeyron
« L’idée est de ne pas vouloir surjouer en voulant faire des choses qu’on ne fait pas d’habitude. Lors d’une finale il faut faire ce qu’on a l’habitude de faire, ce qu’on sait faire…. mais le faire encore mieux que d’habitude. »
Mauricio Paes
« La finale, ça va se jouer sur du classique, la capacité à rester mobilisé, lucide, c’est ça qui risque de faire la différence. On a beaucoup tenu à cela toute la semaine, à la capacité d’être investi dans l’agressivité et dans la lucidité, ce qui demande beaucoup d’efforts. »

Le jour du match, avez-vous des passages obligés ? Un rituel ? Lequel ?

Dorian Rougeyron
« Entre le décrassage et le RDV à la salle, j’essaie d’être le plus tranquille possible. Je déjeune, si je peux, je dors un peu (compliqué sur les matchs comme celui-là), j’ai besoin d’être au calme. »
Mauricio Paes
« On a tous nos petites habitudes, néanmoins je ne me rappelle même pas que c’est une routine. Sans doute dans la façon de préparer les matches, on fait les choses tellement automatiquement que je ne m’en rends pas compte, ce sont les autres qui me le font remarquer. »

L’entraînement et le coaching sont deux choses totalement différentes. Comment aborderez-vous le coaching de la finale ? Comment expliquez-vous, d’une manière générale, que certains entraîneurs (cf. Dorian) choisissent de parler presque toujours en français, tandis que d’autres (cf. Mauricio) préfèrent utiliser la langue du joueur ou l’anglais ?

Dorian Rougeyron
« Le coaching, pour moi, c’est essayer de tirer le meilleur de chacun. Ma philosophie, c’est de responsabiliser et d’impliquer les joueurs au maximum afin qu’ils s’approprient le projet, qu’ils se sentent acteurs, qu’ils donnent du sens à ce qu’ils font, qu’ils sachent ou ils vont collectivement et individuellement. Le jour du match, il y a toujours des petits « trucs » pour motiver les joueurs comme coller des articles de journaux dans le vestiaires pour mettre en avant les déclarations des joueurs adverses et ainsi réveiller l’orgueil des siens. C’est un peu « usé » mais Pascal Foussard (Manager du TVB, NDLR) en raffole… (tant que ça marche, il a tort de s’en priver).
Pour ce qui est de la langue utilisée, fonctionner en français demande une organisation au départ, la mise en place de relais (autres joueurs) mais l’avantage est qu’en fin de saison, vous vous apercevez que les relais n’ont plus lieu d’être et que tout le monde comprend le « français volley ». Apres ça m’arrive d’intervenir en anglais sur des consignes individuelles. »
Mauricio Paes
« Je m’adapte souvent à l’équipe que j’ai. Y’a 3 ans, j’avais des étrangers mais francophones. Le truc, c’est que Smith ne peut pas parler autrement, donc je suis obligé de m’adresser à lui en anglais. J’utilise l’italien avec Oleg car il est moins présent en raison de sa famille. Dan parle de mieux en mieux français. Ce n’est pas une volonté de parler dans des langues différentes ; je m’adapte.
Pour le coaching de samedi, j’ai réfléchi à plein de scénarii depuis qu’on est qualifiés. Il faut trouver comment faire pour que les gens soient impliqués. Ce sera aussi de l’adaptation dans le moment, dans ce qu’on trouve. On essaie d’anticiper dans tous les domaines, mais évidemment, y’a le feeling aussi. »

Equipe du Paris Volley saison 2008-2009. Entraîneur : Mauricio Paes. Entraîneur adjoint : Dorian Rougeyron. Dernier titre de champion de France du club.

Equipe du Paris Volley saison 2008-2009. Entraîneur : Mauricio Paes. Entraîneur adjoint : Dorian Rougeyron. Dernier titre de champion de France du club.

Quelle est votre relation à la presse cette semaine ? Acceptez-vous tous les entretiens pour promouvoir le volley ou préférez-vous rester dans votre bulle ?

Dorian Rougeyron
« J’accepte toujours les entretiens à la presse. Notre sport souffre suffisamment de manque de visibilité pour qu’on se tire en plus une balle dans le pied. »
Mauricio Paes
« On est obligés de faire attention à la presse, le volley en a besoin, ça fait partie des choses qu’un joueur ou un entraîneur doit apprendre à gérer. Aujourd’hui, les médias font partie de la vie du sport pro. Depuis trois ans, on essaie d’éviter les demandes tous les soirs ; si les gens veulent venir, qu’ils viennent tous en même temps. C’est pas toujours possible, on gère, tout en restant concentrés. »

Que pensez-vous de l’avis de Mr. Grumpy sur la finale de Ligue A ?

Dorian Rougeyron
« J’aime bien justVolley, le côté décalé, humoristique. Je le prends comme des brèves de comptoir, l’analyse n’est pas très poussée, pas très fine, mais c’est justement le fait de ne pas se prendre au sérieux qui change un peu des autres médias. Bref, comme bien souvent, ça m’a fait rire. »
Mauricio Paes
« Je ne pense pas qu’il y ait de complexe d’Œdipe. Intrinsèquement, les deux autres années, on était plus forts et on a su être forts à ces moments-là (aux finales). Paris avait des points faibles l’an dernier qu’ils n’ont plus : l’irrégularité de Mory, un Trommel plutôt cuit physiquement à la fin de saison. Ce n’est pas un complexe d’infériorité, c’est simplement que Paris n’a pas su se sublimer à ce moment-là. Même s’ils avaient fait une finale de CEV extraordinaire, avec un Sidibé énorme, ils ont eu du mal à réitérer l’exploit. Aujourd’hui, ils ont Bahov, Gjorgiev, Kreek. L’arrivée de Kovacevic apporte de la stabilité, de la confiance, même si Bojic avait un talent exceptionnel, je trouve l’équipe plus équilibrée avec Kovac, sans oublier le petit apport non négligeable de Frango. Aujourd’hui, Paris n’a plus les petites faiblesses de l’an dernier. »

Mauricio, on t’a vu sauter dans les bras de ta femme et des enfants après la finale de coupe. Dorian, tu viens d’avoir un petit Gabin. Parvenez-vous à trouver un équilibre entre vie d’entraîneur de volley et vie familiale ?

Dorian Rougeyron
« C’est le plus gros inconvénient de la vie d’entraîneur : ce n’est pas facile pour les gens qui partagent notre vie au quotidien. Si Gabin n’en a pas encore conscience, Florence (sa compagne, NDLR) a du mal à me voir partir si souvent en déplacement. On n’est pas toujours très agréable non plus les soirs de défaite… En ce qui concerne Gabin même s’il m’empêche encore trop souvent de dormir (rires), il m’apaise, m’aide à relativiser. »
Mauricio Paes
« C’est dur (soupir). C’est une question qui demanderait beaucoup de temps pour donner une réponse complète ! Malgré mon âge, mes enfants ont un âge où ils ont besoin de leur père. Dorian, c’est un peu différent. Je travaille en plus avec l’équipe du Brésil, donc ces six dernières années ça a été très délicat. C’est dur de ne pas être là pour une phase finale de tes enfants, une rencontre sportive, un événement culturel, une sortie scolaire. Je vais assister à la finale de Killian à Villebon mais je devrai partir juste après, donc je culpabilise. On essaie de rester équilibrés, leur présence m’apporte beaucoup de tranquillité et d’apaisement. »

Quel est votre pronostic ?

Dorian Rougeyron
« Les pronostics c’est pour les bookers ou pour justVolley (même s’ils se trompent souvent) ! »
Mauricio Paes
« Je pense qu’on a la possibilité de gagner mais j’ai le sentiment que ça va être plus dur que ce que les gens pensent. Je sais qu’on a retrouvé un statut de favori parce que finalement on est là, mais attention. Du fait de la manière dont Paris s’est imposé contre Lyon, ils ont atteint une dimension qui fait que ce match-là va être hyper serré. On voit toute la détermination de Gjorgiev, une équipe saine, équilibrée et mature. J’espère de tout cœur que ce sera une belle finale de volley-ball, qu’on va la remporter, mais quitte à ce que nous ne gagnions pas, vu mon passé affectif avec ce club, je serais heureux que ce soit Paris qui soit champion. »

 



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