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Euro 2015 : Les réactions du volley français

Les acteurs du volley-ball français témoignent pour JustVolley.

Eq. de France

Crédits : CEV


Le 20 octobre 2015

Cyrille

Cyrille Boulongne-Evtouchenko, directeur technique national, nous livre ses impressions.

Comment s’est construit le sacre de l’EDF cet été ?

CB-E : « Je pense qu’il y a trois facteurs principaux que je vais citer sans ordre d’importance. Il y a d’abord une fédération, un président et une direction, qui disent à un moment donné qu’il y a un potentiel immense dans ce groupe qu’il s’agit d’accompagner au mieux, d’aider le collectif à se construire. On a posé les bases pour rendre tout cela possible. Ensuite il y a un staff hyper qualitatif, complémentaire, emmené par un patron, un leader, et complété par d’autres gens en osmose et obnubilés par la performance. Ils travaillent nuit et jour pour construire cette équipe. Enfin il y a les joueurs, une multitude de talents, un état d’esprit remarquable, une équipe jeune et complémentaire, qui se relève de ses échecs. Si on regarde depuis le quart perdu contre la Russie à l’Euro 2013 malgré le fait d’avoir terminé premier de poule en battant le pays hôte, il y a eu la demi-finale des championnats du monde, un super résultat mais une déception car tout le monde a senti que c’était palpable. C’est devenu un moteur, un leitmotiv à faire encore mieux : passer du groupe 2 au groupe 1. Ce sont des joueurs courageux, patients, même quand c’est dur, ils grattent point par point. C’est véritablement une grande équipe. »

Vous étiez avec eux en Italie et en Bulgarie. Qu’avez-vous ressenti à leur contact ?

Un Rouzier hors normes, j’étais bluffé.

CB-E : « L’incroyable capacité à remettre les compteurs à zéro à chaque fois. Ils ne font qu’avancer, ont une confiance en eux assez exemplaire ; une belle osmose. Un coach qui cadre, qui donne une direction mais laisse beaucoup de place aux individus, aux talents de s’exprimer. J’ai eu comme l’impression que c’était un rouleau compresseur qui se mettait en marche. D’abord le premier match, puis le niveau monte, l’Italie, les quarts, le match contre la Bulgarie, un enfer, et enfin une grande finale contre une très belle équipe. Les Slovènes ne sont pas arrivés là par hasard.

Contre la Bulgarie, j’étais à côté du statisticien, on ne s’entendait pas à 30cm, comme à Rio, sauf que là y’avait la pression du public. Elle a d’ailleurs paralysé certains joueurs, comme Earvin, mais malgré ça, ils passent, avec un Rouzier hors normes. J’étais bluffé. Patience, lucidité, abnégation, courage, collectif. »

À quoi ressemblera leur avenir, objectivement, selon vous ?

CB-E : « Avant même de célébrer leur sacre, ils étaient déjà tous focus sur janvier ; un seul but en tête, aller et performer aux Jeux. Ils vont retourner dans leurs clubs avec ce seul objectif. Seuls les Russes ont remporté coup sur coup l’Euro, la Ligue Mondiale et les JO. Si on le faisait, on rejoindrait la plus grande nation du volley, mais n’oublions pas que le TQO de janvier va être infernal de densité.


DorianNous avons aussi glané l’avis de Dorian Rougeyron, entraîneur du Paris Volley.

Pourquoi les Bleus ont-ils remporté cet Euro ?

DR : « Premièrement, je pense que ça vient de leur relationnel à eux, c’est un groupe qui se connaît très bien depuis les équipes jeunes. Il y a du respect sans qu’il y ait de non-dits, il n’existe pas de peur de gêner l’autre. Deuxièmement, leur insouciance. C’est une grosse force, surtout face aux événements, ça les aide à gérer la pression. Ce qu’on ne voit pas, ce sont ces cinq mois et demi passés ensemble avec très peu de jours de repos et un volume d’entraînement considérable. Enfin, le talent. Sur certains postes, ils sont indéniables, je pense évidemment à Earvin ou Jenia, mais ce ne sont pas les seuls.

Vous êtes un proche de Laurent Tillie ; que pensez-vous de sa façon de faire ?

DR : « De nature, c’est quelqu’un d’assez anxieux, qui prépare beaucoup et ne laisse rien au hasard ; tout est réfléchi. Mais avec ce groupe là, il doit en même temps leur laisser les clés, car ce sont leur insouciance et leur fraîcheur qui font leur force. Si tu les cadres trop, tu les étouffes, il faut laisser exprimer leur part de folie. Le talent de certains s’exprime à travers ça, c’est d’ailleurs hyper utile par rapport à la prise de risque. Là où Laurent est très fort, c’est de savoir les moments où cadrer et les moments où laisser faire.

En dehors de ça, il a fait de bons choix de staff, avec des personnes hyper compétentes comme Thomas (Bortolossi, NDLR), il n’y a pas mieux en France en terme de scout, et Olivier Maurelli en prépa physique. De plus, il a autour de lui des gens en qui il a confiance, comme Arnaud (Josserand, NDLR), avec qui il a des liens affectifs en plus des relations de travail. Ce sont des compétents dignes de confiance. »

Quel avenir pour cette équipe de France ?

Il ne faut pas prendre la grosse tête mais je vois pas pourquoi ils la prendraient.

DR : « Seul Laurent le sait. Comment maintenir investissement et degré de motivation. Je leur souhaite de continuer. Ils ont tout pour eux : la jeunesse, le talent, l’enthousiasme. Le système de qualification olympique est compliqué mais il l’est pour tout le monde. Ça ne va pas être facile mais c’est encore plus vrai pour leurs adversaires. Il ne faut pas prendre la grosse tête mais je vois pas pourquoi ils la prendraient quand on voit que les meilleurs joueurs du monde sur leur poste sont humbles et mettent toujours l’équipe en avant. Je les vois continuer sur leur lancée.


La Vista d'Hubi. Chronique du célèbre Hubert Henno, qui nous donne sa vision du monde volley.Hubert Henno, chroniqueur pour JustVolley et néo-libéro de Tours, nous donne  lui aussi son avis.

Comment avez-vous vécu la compétition ?

Quand un ou deux joueurs ne sont pas bons, c’en sont d’autres qui prennent le relai.

HH : « J’ai vu le match de la France contre l’Italie en famille. On a vu le match contre la Serbie avec l’équipe, la demie en famille et la finale avec Yoann (Jaumel, NDLR). Ils ont été bluffants. Quand ils mènent, ils gagnent. Quand ils sont menés, ils gagnent. J’avais rarement vu ça. Quand tu joues contre eux, t’es obligé de douter. Autant les Italiens ont craqué, autant les Bulgares peuvent se mordre les doigts. C’est la seule génération où ils ont une paire de centraux très physiques, techniques, et qui pèsent vraiment sur le jeu. Avant, ça compensait. Toniutti est un grand maître à jouer. Ngapeth fait partie des trois meilleurs joueurs mondiaux. Ce qui est fort, c’est que quand un ou deux joueurs ne sont pas bons, c’en sont d’autres qui prennent le relai, ils ne se posent pas de question, ils font leur truc et le font très bien, tenant leur rôle. Mentalement, c’est remarquable. »

Quel regard portez-vous sur le staff ?

HH : « Laurent a compris qu’il fallait les laisser jouer. Il est tout dans la gestion et ça marche, comme Onesta. C’est du managérat. Quand ça va pas bien, il espère que les mecs qui doivent décider vont résoudre la situation, et c’est souvent ce qu’il se passe. À l’époque on tournait seulement sur six ou sept joueurs, eux, même s’il existe un petit fossé entre titulaires et remplaçants, sont tous à disposition. Ils s’entraînent très bien ensemble, j’ai eu l’occasion de le vivre quand j’ai fait le stage avec eux (en début d’été, NDLR), il n’y a pas de différences. Ils se connaissent par cœur. La folie, l’insouciance, on a l’impression qu’ils ne ressentent pas la pression. En dehors de ça, la qualité de prépa physique est très forte, ils ne baissent pas de pied physiquement quand toutes les autres équipes faiblissent, il faut tirer un coup de chapeau à Maurelli. »

Garderont-ils cette fraîcheur physique et mentale dans quelques années ?

HH : « Certains resteront les mêmes, d’autres changeront. Rouzier a muri. Si on enlève la demie au brésil, ça fait deux ans qu’il est présent comme un vrai pointu qui pèse, grâce à l’âge, alors que pour les autres c’est complètement de l’insouciance : Earvin, Le Roux, Jenia…

Contre la Bulgarie, on sentait la pression. Les Bulgares ont vraiment raté leur chance. Mais dès qu’il y a un trou de souris, ils s’y engouffrent. Leur seule défaite de l’été, c’est contre les Américains, où ils sont menés 2-0, 16-12. Mais ce qui comptait, c’était ce troisième set, et ils sont allés le chercher. Après, ils se sont relâchés mais ça ne les éliminait pas, mentalement ils ont fait ce qu’il fallait.

USA, Brésil, Italie, France, à l’heure actuelle, ce seraient les demies des JO. Mais d’abord, il y a le TQO, où il faut avoir peur de tout le monde. La Russie, la Pologne, pour qui ce sera la dernière chance. Ils ont l’expérience que n’a pas la France, ils vont ramener d’anciens joueurs qui ont l’habitude de ce genre de matches couperets. Sans compter l’Allemagne qui reçoit. Espérons qu’on n’ait pas de blessures, c’est le plus important. »

Un pari pour les Jeux Olympiques de Rio ?

HH : « Je pense qu’on se qualifiera largement pour les Jeux. Après, le pronostic… C’est tellement difficile les JO. De rester dans sa bulle alors que tu croises Roger Federer, les stars américaines du basket, tu les vois comme des potes. De l’expérience que j’ai eue, c’était aussi ça, rester dans sa compét malgré toutes ces tentations. Je pense qu’ils seront sur le podium. »


RossardEnfin, le tout récent champion d’Europe Nicolas Rossard a pris le temps de nous répondre.

Nicolas, félicitations pour votre titre, c’est magnifique et mérité. Qu’est-ce qui fait la force de votre équipe ?

NR : Bonjour et merci beaucoup ! L’ambiance dans le groupe c’est notre force ! On délire bien et ça chambre pas mal. Il faut faire attention à ne pas dire ou faire des saucisses sinon tu en as pour une semaine ! (je parle par expérience !) Je pense aussi qu’on a tous le même objectif, c’est d’aller à Rio et d’y performer donc on travaille dur pour ça en plus de se marrer.

Comment, en tant que remplaçant, parvenez-vous à rester concentrés pendant les matches, à la fois prêt à rentrer et en apportant un soutien psychologique aux joueurs sur le terrain ?

NR : Ca se prépare mentalement avant le match surtout car tu sais que tu ne vas pas commencer mais que tu peux rentrer à tout moment. Après, pendant le match, il faut se maintenir chaud mais dans la tête tu y es. Nous, on essaye de booster les gars aux temps morts et de les encourager à chaque point.

Quel est le moment de la compétition où vous avez eu le plus peur ? où vous avez le plus vibré ? le plus ri ? pleuré ?

NR : Le dernier set contre les Slovènes j’ai eu peur car ils sont revenus alors qu’on gagnait de 5 points et tu sentais que le match pouvait basculer s’ils gagnaient ce set. Limite j’étais plus stressé que contre les Bulgares (bon ok le 3ème set était pas mal aussi niveau stress). Le match où j’ai le plus vibré, c’est contre l’Italie car c’était une belle Yavbou, le plaisir de jouer à l’état pur avec des gestes techniques de folie dans une ambiance bien chaude (avec un petit peu de chambrage). L’ambiance à Sofia était folie aussi on s’entendait pas parler entre nous ! Là où j’ai le plus ri (il y en a pas mal) dernièrement, c’est quand Franck met une bougie (involontairement) à la chroniqueuse du Grand Journal qui a voulu jouer au volley avec nous.

Vous êtes un des rares joueurs de l’EDF à évoluer dans le championnat de France. Pensez-vous que cela a joué en votre faveur pour être sélectionné ? Êtes-vous tournés vers un bon début de championnat avec Sète ou déjà vers janvier et le TQO ?

NR : Je ne pense pas que Laurent utilise ce critère de sélection après c’est pas moi qui fait la sélection ! Je suis tourné vers le championnat français, j’ai vraiment hâte de jouer et de découvrir notre nouveau groupe ! En plus avec ces championnats d’Europe et la diffusion des matchs sur une chaîne gratuite, j’espère qu’il y aura plus de monde qui viendra assister à un match de volley. Je sais qu’il faut que je sois performant si je veux retourner en équipe de France car rien n’est acquis.

Avec la diffusion des matches de championnat sur une chaîne gratuite, j’espère que plus de monde suivra le volley.

En tant qu’ingénieur, curieux et cultivé, quel regard portez-vous sur ce groupe moins réfléchi et davantage dans l’instinct ? N’en avez-vous pas marre d’être étiqueté comme intello ?

NR : Ils te diront surtout que je suis étourdi (sourire). Je m’isole parfois pour mes cours (Nicolas est étudiant à l’INSA pour devenir ingénieur en informatique, NDLR)  ou pour lire, c’est ce qu’il fait ma répute d’intello ! C’est génial, tu t’entraînes avec des gars qui te font chaque jours un nouveau geste de volley. Après, faut pas se tromper, tout ne se fait pas à l’instinct, on analyse les équipes adverses, on s’entraîne dur même sur certains gestes un peu atypiques.

Espérez-vous au fond de vous jouer un peu plus, malgré la présence d’un des meilleurs joueurs au monde sur votre poste ?

NR : C’est sûr, j’aimerais bien, après j’ai encore beaucoup à apprendre. J’ai la chance de m’entraîner avec Jénia. On se connaît depuis pas mal de temps avant même qu’on soit en concurrence (merci les Estis !) et on s’entend très bien. J’apprends beaucoup grâce à lui, que ce soit en réception ou en défense. Vous ne voyez que les matches mais à l’entraînement c’est aussi impressionnant. J’ai eu la chance de jouer pendant les matches amicaux donc c’est cool. Après, même si tu ne joues pas avec ce groupe tu te régales et faire partie de l’équipe de France c’est un rêve de gosse.

Jusqu’où voyez-vous aller votre génération ?

NR : À Rio mais pas en tant que touristes !



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