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« Où sont les femmes !? » – L’humeur de Mr Grumpy #2

Mr Grumpy est de retour !! Et pas forcément de bonne humeur… Son interrogation : « Où sont les femmes !? »


Le 28 novembre 2014

Mr Grumpy pose un avis très personnel, s’exprime sans détour et sans ménagement sur les sujets qui l’inspirent autour du volley-ball. Coups de gueule, protestations, récriminations, critiques ; il n’est pas du genre à mâcher ses mots.

Mr Grumpy n’est pas passionné, encore moins un supporter ; nous pourrions le dépeindre comme un idéaliste, un romantique du volley-ball. Son ton peut être jugé acerbe et pessimiste mais il revendique une forme de liberté de parole décalée et se définit plutôt comme polémiste. Misanthrope, acariâtre et grincheux, il vit reclus dans une caverne des hautes montagnes, sans le moindre contact avec le monde extérieur.

Nous nous délectons de ses rares chroniques comme d’un Romanée-Conti, cuvée 1975 ; nous vous invitons à y goûter.

"Où sont les femmes?
Avec leurs gestes pleins de charme

Dites-moi où sont les femmes !
Femmes, femmes, femmes, femmes
Où sont les femmes?
Qui ont des rires pleins de larmes
Auraient-elles perdu leur flamme
Flamme, flamme, flamme, flamme
Où sont les femmes?"

Ah Patrick ! Oh oui Patrick ! Mais non pas Bruel ! non non Patrick Juvet bien sûr ! Tu avais certes la coiffure d’un Playmobil innocent, cheveux casqués, la peau tirée à quatre épingles, mais tu étais déjà dans le vrai voilà 37 ans… Oui La Juve, en fin connaisseur du volley, tu avais vu juste.

Mais oui, où sont nos femmes, sur les terrains de volley-ball ?

A la lecture du « ranking » officiel FIVB 2014, on ne peut qu’être fiers ! On devance tout de même largement des nations comme la Nouvelle-Zélande (68e), l’Ecosse (86e), l’Afrique du Sud (121e), l’Angleterre (121e) ou encore le Tonga (121e). Y’a de quoi pavaner, non !? Avec la Coupe du Monde en Angleterre qui approche, on ne peut qu’être confiants, non ?

Quoi ? Pardon ? Attendez, je ne comprends pas… Pouvez-vous répéter ?
Ahhhh il ne s’agit pas du classement de rugby mais de volley féminin ?!!!
Gloups… Au temps pour moi.

Pas d’affolement, place à la Méthode Coué ; on est quand même dans la première moitié du classement, tout n’est pas à jeter.
Oui mais d’un autre côté :

  • Aucune participation aux J.O. depuis… depuis Jésus Christ en fait.
  • Non qualifiée aux Championnats du Monde depuis 1974.

Mais alors, peut-être que la jeune génération va arriver pour insuffler du sang neuf, non ? 43e nation « Junior & Youth – Women » ; non qualifiée pour les derniers championnat d’Europe l’été dernier… Bon, bah consolons-nous en disant qu’au moins, nous sommes réguliers !

Il faut se rendre à l’évidence, ces quelques chiffres sont aussi insupportables que le breuvage indélicat d’un sachet de Smecta pendant une bonne gastro d’automne.

Le constat est limpide : le volley féminin est totalement absent du panorama des sports collectifs français. C’est le néant.

Quelles causes peuvent-elles être mises en avant ?

Aussi diverses que variées.

100 000 licenciés /48% de femmes. De prime abord, nous pouvons écrire que le vivier n’est pas assez épais pour y puiser des volleyeuses en puissance et trouver des jeunes à fort potentiel.

Samedi 25 octobre 2014, lors de l’Open Féminin (1ère journée de Ligue AF), on comptait, en effet, approximativement 55 Françaises dans les effectifs des 12 clubs de 1ère division. Si l’on dénombre une moyenne de 12 joueuses par équipe, soit 144 au total, la vache est maigre (toute comparaison entre cet animal et certaines volleyeuses ne serait qu’une pure et simple coïncidence). Et encore, pour ces 55 Françaises, nous avons pris en compte certaines jeunes « aspirantes », qui malheureusement, pour beaucoup d’entre elles, ne rentreront jamais en jeu cette saison… ou simplement pour un service frileux, suivi d’une hypothétique défense en poste 5.

Le constat est plus abrupt lorsqu’on analyse en détail les feuilles de matches, puisque l’on s’aperçoit que seules 19 « sélectionnables » potentielles étaient titulaires lors de cette 1ère journée…

L’expérience du haut niveau fait également défaut.
En effet, une seule joueuse, Christina Bauer, a réussi à s’exporter dans un grand championnat européen ; en Italie puis en Turquie depuis l’an dernier. Il manque aux joueuses la culture de ce qui se fait à l’international, le vécu d’un club où l’on dispute des rencontres de haut niveau chaque week-end, où chaque entraînement est une compétition avec ses partenaires pour mettre un pied sur le terrain le samedi. En France, certaines filles ont été sélectionnées alors qu’elles évoluaient en 2ème division, seulement sur des critères morphologiques ou après lectures de leurs tests physiques.

C’est la dèche !!!

Et comment ne pas avoir « le cigare » et arriver à se remettre en question avec des capes nationales sans avoir prouvé, voire même sans le moindre vécu de haut niveau ! Si je m’hasarde à googliser « Equipe de France de volley-ball féminin » et que je jette un l’œil aux 21 joueuses de l’effectif, je me dis que si je suis titulaire en Ligue F, alors j’ai 98% de chances d’être capée ! C’est dingue, non !?

Mais ce raccourci est risqué car il peut conduire à surcoter notre bon vieux championnat franchouillard. Ne nous leurrons pas, mis à part le RC Cannes qui joue pour s’amuser et donner du temps de jeu à ses remplaçantes le week-end (moins évident cette saison, on vous l’accorde), notre championnat est très faible comparativement à ce qui se fait en Europe.

Niveau de jeu faiblard, affluences moribondes, salaires misérables, peu d’opportunité de poursuites d’études ou de reconversions professionnelles : Youpi, vive le Championnat de France de volley-ball féminin !

Quelles perspectives, quelles solutions ?

Le bout du tunnel paraît loin loin loin… Mis à part des investissements massifs de magnats russes, qatariens ou azerbaidjanais, le fata-réalisme est de rigueur.

La lumière peut venir d’Eurosport, qui a acquis les droits du Championnat de Ligue F : 12 matches en direct. Mesdemoiselles, il va falloir qu’il y ait du spectacle pour séduire le spectateur lambda et le convaincre de pousser la porte du gymnase.

Les objectifs sont à définir.
Que voulons-nous ? Des clubs forts ou une équipe nationale compétitive ? Il faut trancher car les deux ne sont pas possibles en France.

Soit on continue dans le recrutement, en nombre, d’étrangères, en étant « malins » au regard des faibles budgets ; ceci permettant avec un peu de chance de laisser quelques traces dans les Coupes Européennes.
Soit on impose des « quotas » de Françaises sur le terrain, en limitant le nombre d’étrangères sur la feuille de match (3 autorisées en Championnat turc ; l’un des meilleurs du monde). Les amoureux de la législation vont me tomber dessus, mais il va d’abord falloir « forcer » le temps de jeu de nos Françaises, avant qu’elles ne le méritent.
On pourrait aussi limiter les effectifs de DEF (2e division) à une seule étrangère non sélectionnable.

Nous l’avons vu un peu plus haut, l’exportation de nos Françaises paraît inéluctable pour découvrir la rigueur des autres championnats, de nouvelles méthodes d’entraînement, de préparation physique et de managérat. Se mettre en danger en somme, casser son confort du pays du camembert et du pinard. Jouer chaque jour aux côtés d’internationales confirmées, sur le modèle des Bleus-Poland 2014 où ceux qui traînent les pieds sur les parquets français se font rares.

Peut-être faut-il aussi passer par la naturalisation de quelques étrangères non-sélectionnables pour leur pays, avec pour mission d’encadrer nos jeunes Françaises. Victoria Ravva avait pourtant lancé la mode. Pourquoi n’y a t-il pas eu de suite ? Nos rugbymans s’y sont pourtant mis avec succès.

Il faut également, à plus long terme, augmenter le vivier.

Un petit jeu de questions/réponses s’impose.

# La formation des joueuses françaises est-elle efficace?
Clairement non lorsqu’on regarde le classement FIVB mentionné au début de l’article (43ème).

# Le lien Ecole-Club est-il efficient pour séduire une jeune population scolaire non initiée au volley-ball?
Avec si peu de licencié(e)s, nous pouvons répondre par la négative. Profs d’EPS mal formés, incapables de donner le goût de ce sport aux élèves et ponts avec les cadres fédéraux peu performants peuvent être des pistes de réponses.

# Pourquoi les jeunes filles à potentiels physiques s’orientent naturellement vers le basket ou le handball ?
« Marketing-ment » parlant, la FFVB et son image semblent au combien moins efficace que ses grandes sœurs.

# Les moyens accordés sont-ils suffisants ?
Les ressources financières et humaines du volley-ball français sont piètres, mais nous pouvons aisément énoncer que des choix ont clairement été établis, quant à la répartition secteur masculin/secteur féminin.

# Est-il aujourd’hui possible pour une jeune athlète de jouer au volley à haut niveau et poursuivre ses études en même temps ?? N’est-elle pas confrontée à un choix cornélien ?
Le volley n’est pas un cas isolé au sein du système sportif français. La conclusion est inéluctable : c’est un véritable parcours du combattant que de conjuguer sport de haut niveau et hautes études.

Bref, comme disait Julio, El seductor ; « volley femme, volley charme », une Révolution s’impose…



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« Où sont les femmes !? » – L’humeur de Mr Grumpy #2 - Réactions (1)

  1. Pierre "Pourre" G. says:

    Tout pareil que lui ! bien d’accord ! (je sais c’est un commentaire constructif… Pierre « pourre » G….

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