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Oui, c’est magnifique !

VICTOIRE : que c’est beau ! Récit d’un sacre annoncé.


Le 19 octobre 2015

 

Quel bonheur ! Après tant d’années à avouer à demi-mot qu’on aime le volley quand on nous demande nos hobbies, après tant de mois à suivre dans l’ombre mais avec ferveur cette équipe de France, après vingt-quatre matches estivaux qui entreront à jamais dans l’histoire du volley français, après cinq balles de match testant chacune nos nerfs à bout contre la Slovénie… la délivrance. Un soupir. Le temps s’arrête. Il y aura un avant et un après. Le relâchement sur le visage d’Earvin Ngapeth après son geste ngapethesque laisse transparaître le repos mérité après tout ce labeur, le silence après la tempête, la joie intérieure du travail accompli. Puis, c’est l’explosion de joie, collective, une communion de gais lurons qui y ont cru dès le début.

C’est encore plus fort : c’était annoncé. Vous savez, comme quand vous dites à votre adversaire, en le regardant droit dans les yeux, que s’il revient face à vous, vous allez lui mettre une grolle. Puis vous la lui mettez. Eh bien là c’est pareil, sauf que ces gars-là l’ont crié au visage de tous les volleyeurs du monde, de tous les collectifs sur Terre, et ont tenu leur engagement. Ils ont crié « Yavbou », pour eux tout d’abord, afin de créer une réelle identité qui va au-delà d’une réussite sportive, et à tous leurs futurs adversaires pour ne pas que ces derniers oublient que c’est un exploit s’ils réussissent à les battre. Cet été, seuls les Américains, dans un match très tendu où il ne fallait qu’un set aux Français pour avancer au prochain tour de Ligue Mondiale, avaient réussi cet exploit. Toutes les autres nations ont, de manière logique si l’on s’en tient à la ligne de conduite des Bleus, échoué. Cela laisse augurer un avenir encore plus doré si tant est qu’il est olympique.

La victoire avant tout

La façon de jouer de l’équipe de France, basée sur un système bloc-défense impeccable et adaptable aux équipes adverses, ainsi que sur une ubiquité du danger offensif, ravit tous les spectateurs. À cela s’ajoute la touche de magie, la prise de risque qui n’était pas prévue, un placement hors consignes, un geste absent des manuels. L’instinct indispensable. Le French flair qui ne s’explique pas. Quand le meilleur attaquant-réceptionneur de la compétition fait un 360 sur balle de match, ce n’est pas pour manquer de respect. C’est une combinaison de travail à l’entraînement, de composition avec la balle qu’il a – un peu décollée du fil en l’occurrence –, et de l’envie de faire quelque chose de différent. Quatre fois, les Français avaient échoué sur balle de match, il fallait créer. C’était ça. À l’instar d’un Zizou expliquant sa panenka face à Buffon en finale de coupe du monde : « Il savait où je tirais, il fallait donc inventer, et voilà. »

C’est grâce à ces longs mois de préparation que ces succès sont dus. Une préparation physique qui place les joueurs dans des conditions optimales – rappelons le fait que nous n’avons pas eu de blessés parmi les titulaires malgré le fait d’avoir très peu fait tourner –, une préparation tactique concoctée par un staff qui ne rechigne pas à faire des nuits blanches pour préparer des plans de matches, et surtout une préparation psychologique, avec d’ailleurs un préparateur mental là pour ça. C’est le fait de s’être mis tôt dans la tête qu’ils ne désiraient rien d’autre que la victoire, avec en objectif ultime celui de défiler à la cérémonie d’ouverture à Rio avec Nouvel Ordre émanant d’une enceinte pour animer leur cortège, que ces volleyeurs s’en sont donné la possibilité. Un impératif, comme une urgence et une obligation de ne pas laisser s’envoler cette chance d’avoir un groupe d’une telle qualité.

Un équilibre travail-plaisir

Tous les sportifs de haut niveau vous le diront : le talent, ça ne suffit pas. Encore plus dans un sport collectif où il faut magnifier un amalgame de talents. C’est ce qu’est parvenu à faire Laurent Tillie, arrivé en 2013. Il a donné assez de liberté dans les contraintes pour que ses joueurs se réalisent. Un peu à la manière d’un prof de collège qui transformerait le rap d’un élève en objet d’étude, qui profiterait du surplus d’énergie vocale pour en faire un débat d’idées, qui prodiguerait ses conseils les plus importants pendant les rares moments de calme et d’extrême attention. Maître Tillie, el maestro. Celui qui a eu l’intelligence et les connaissances nécessaires pour canaliser, libérer et sublimer toute cette énergie. Faire les bons choix, aussi, tant au niveau des joueurs que du staff, on ne peut rien lui enlever. Ces victoires, elles lui reviennent tout de droit.

Le roi actuel de tous les entraîneurs de France, chef d’une cohorte allant du coach d’UNSS au BEF14, a appliqué une recette répétée à l’envi par tous : « Avant toute chose, prenez du plaisir ». Quel volleyeur n’a jamais entendu cette phrase, ce slogan, un gage de réussite pourtant si délicat à appliquer ? Avec certains groupes, cela n’aurait sans doute pas aussi bien fonctionné, mais en l’occurrence ça a été complètement à propos. Tous ceux qui ont suivi les matches de l’équipe de France l’ont perçu : ces gars-là se font plaisir. Entre une danse de la chambre et des sourires connivents, un statut taquin sur Facebook et une entrée l’air goguenard devant 14 000 Bulgares acerbes, tout retranscrit cette joie de jouer, d’être là avec les copains et d’écrire accessoirement l’histoire du volley tricolore.

Un parcours du combattant

Parmi les hashtags favoris d’Earvin, le #CLaGuerre revient le plus souvent. C’est le cas. On ne soulève pas deux trophées de cet acabit sans passer par des obstacles presque insurmontables. Tels des gladiateurs dans l’arène, ils ont dû se sortir des griffes des Brésiliens à Rio, se défaire des Américains en sauvant une balle de match, inverser la tendance contre des Italiens déterminés à la maison, venir à bout de Bulgares revanchards devant leur public… et ils l’ont fait. À chaque fois. Répétant les performances qui peuvent être perçues comme exploits par tous les observateurs mais qui sont en réalité la poursuite de leurs rêves, dans la continuité de ce qu’ils se sont fixé. Seuls les sportifs de haut niveau sont capables de livrer de telles batailles à répétition, d’exulter à chaque point marqué, de ne jamais abandonner. À ce titre-là, ils s’apparentent à des Nadal, Djokovic et compagnie qui joueraient tous dans la même équipe, en armée formée, prête à tout. Leurs tactiques d’infanterie ont déjoué les plans de tous les sélectionneurs adverses, grâce à un courage sans faille, une patience à toute épreuve, et un je-ne-sais-quoi qui classe les Français comme équipe la plus cool du monde.

Mais cela n’est rien à côté de ce qu’ils devront accomplir pour atteindre leur réel objectif : celui d’aller et de performer à Rio. Au sortir de la finale d’hier, Antonin Rouzier l’a rappelé d’emblée. Merci pour la breloque et le titre perso, ça fait zizir, mais nous on veut les jeux. Eh bien ce sera une guerre encore plus intense réunissant toutes les meilleures nations de cet Euro hormis l’Italie, déjà qualifiée, grâce à une coupe du monde que la France n’a pas eu le droit de disputer. Ce tournoi de qualification olympique aura lieu en Allemagne, où on imagine déjà les Français anéantir les espoirs allemands dans une demi-finale épique avant d’éteindre une autre équipe pseudo-surprise en finale, à l’instar de ce qu’ils ont fait deux fois cet été. Pour cela, ils se remettront au charbon dans deux mois, après un « interlude » dans leurs clubs respectifs – les dirigeants desdits clubs vont être à la fois contents et mécontents ! –, pour quelques stages et la vraie guerre, celle qui délivre le graal. Le graal pour une bataille encore plus sanglante, appelons-la l’ultime, au Brésil.

Tout un peuple derrière eux

Après la victoire, un ami internaute soulignait : « Facebook te fait réaliser que 95% de tes amis sont volleyeurs ! » Même si elle n’est pas forcément vraie, cette remarque évoque à quel point les réseaux sociaux, et donc la vie des volleyeurs de France, ont été envahis par la vague Yavbou. À qui mieux mieux, les supporters se sont plu à changer leurs photos de profil, taguer leurs amis de l’EDF, regorger d’inventivité pour leurs publications qui tournaient toutes, ces deux dernières semaines, autour des Bleus. Eux qui sont tellement habitués à se passionner pour un sport que le grand nombre néglige se sont sentis revivre en republiant la notification Eurosport, la brève du journal local ou la Une de l’Equipe. À notre niveau, en tant que media de promotion du volley-ball, nous nous réjouissons à l’idée que notre sport touche de plus en plus de monde, nous nous extasions devant le nombre de lectures grandissant de nos articles et nous espérons que cette popularité amènera de nouveaux joueurs et joueuses dans les gymnases pour pérenniser cette qualité. Comme l’a dit Ngapeth : « On est en haut, on n’en parle plus ».

Ce qu’ont accompli les volleyeurs français et qu’ont mis des années à faire les basketteurs, par exemple, est historique ; cela doit s’inscrire comme pierre d’ancrage d’un véritable tournant. Dans quelques années, nous regarderons cet événement comme fondateur dans l’essor de ce sport en France, précurseur d’un titre olympique, à Rio ou Tokyo, et raison du doublement de licenciés en France. Cet accomplissement doit se faire main dans la main avec tous les acteurs du volley : fédé, médias, joueurs de tous niveaux, entraîneurs, supporters. Il faut véritablement profiter de cette aubaine pour entrer dans un cercle vertueux dont l’issue in fine sera une première place au ranking FIVB dans dix ans.

Pour l’heure, savourons cette victoire comme un connaisseur se délecterait d’un bon vin. Ce cru est le meilleur que nous ayons goûté, il pétille d’insouciance, de talent et de bravoure, il nous donne le sourire et nous enivre. Nous n’avons qu’une envie, c’est de revivre cela, avec le plus de monde possible. Qui sait, sur les Champs Elysées ?



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