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Sérendipité à Charléty

Mardi 14 octobre 2014. 20H30. Stade Charléty, salle Charpy, Paris. Hervé, Didier, rencontre…

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Sérendipité...


Le 16 octobre 2014

 

Cet article est purement sorti de l’imaginaire de la rédaction… Les personnages présentés ici sont fictifs.

Loin des résumés conventionnels, justVolley s’est faufilé dans les travées de Charléty pour prêter  l’oreille aux différents commentaires. Hasard ou pas, nous avons fait la rencontre de Hervé (dit « la Herve ») et de Didier au cours du match opposant Tours à Paris en Supercoupe de France. Présentations, contexte et histoire…


Hervé Decker55 ans, professeur d’EPS. Pratique le volley en amateur depuis une trentaine d’années. Sa carrière de joueur a atteint son apogée lorsqu’il est monté en Régionale 2 avec son club formateur. Inconditionnel acteur du volley-ball à différents niveaux : entraîneur, arbitre, bénévole… il s’occupe aujourd’hui des équipements dans un club pro. Ça lui prend un certain temps mais il a l’impression de faire partie de l’aventure de ce club ; il vibre quand ils gagnent alors que les défaites lui rendent les week-ends plus tristes.
Didier Venelles, 37 ans, travaille dans le BTP. Pour lui, volley égale majorettes. Après une anisette en rentrant du boulot, la semaine dernière, il tombe sur une affiche « Paris – Tours le 14 octobre à 20h30 à Charléty ». Intrigué, il se dit qu’il s’agit d’une rediffusion sur grand écran de la classique de cyclisme et  se le note quelque part. Quelques jours plus tard, s’attendant à admirer ses idoles Jakob Piil ou encore Erik Zabel, il tombe des nues en découvrant un terrain orange et des tribunes pleines pour cet événement dont il ne connaît rien. Féru de sport, il décide quand même de donner sa chance à ces types qui ne font que sauter partout.
 
 

 

En 1754, Horace Walpole, dans une lettre à son ami Horace Mann, diplomate du roi George II à Florence, évoque une énigme en matière d’armoiries vénitiennes qu’il venait de résoudre en feuilletant un vieux livre sur les armoiries dans lequel il avait découvert un emblème des Médicis inséré dans le blason de la famille vénitienne des Capello, indice de la reconnaissance d’une alliance entre les deux familles. Il appelle cette heureuse coïncidence : serendipity.

260 ans plus tard, Hervé s’assoit à la place 41E de la salle Charpy tandis que Didier prend place en 42E. S’ensuit une discussion empreinte de sérendipité.

20h17 – Echauffement.

HERVÉ. —  Non mais c’est n’importe quoi !Echauffement Tours

DIDIER, étonné. — Pardon ?

HERVÉ. — Les maillots ! On voit rien !

DIDIER. — Lesquels ? Je les trouve plutôt jolis, moi, au contraire !

HERVÉ. — Là, les Tourangeaux, vous voyez leurs noms ?!

DIDIER. — Oui, il y a marqué TOURS.

HERVÉ. — Mais si, enfin, on les voit les noms des Parisiens, leurs noms de famille ! Ce que vous ne remarquez pas, c’est que les noms des joueurs de Tours sont aussi inscrits sur leurs maillots, seulement on ne voit strictement rien, car c’est bleu clair sur bleu très clair… Quand je pense que la LNV nous casse les pieds avec les maillots, il faut ceci, il faut cela, et Tours, sous prétexte que c’est un grand club, on ne leur dit rien, mais c’est un scandale !

DIDIER. — Oui, c’est vrai, on voit rien, mais c’est qui Hélène Vez ?

HERVÉ. — La Ligue Nationale de Volley. En fait je m’occupe de choisir, de concevoir et de commander les équipements pour un club de deuxième division. C’est pour cela que je m’insurge contre ce deux poids deux mesures… Mais bon, on va regarder le match quand même ! Vous êtes pour qui ?

DIDIER. — J’y connais rien, moi. C’est qui les plus forts ? 

HERVÉ. — Techniquement, Tours. Ce sont eux les champions de France, ils restent sur plusieurs titres consécutifs, dont le dernier contre Paris en finale. Cela dit, les Parisiens viennent de remporter une coupe d’Europe ! Donc pas évident de faire un pronostic.

DIDIER. — Faut gagner combien de points ? 

HERVÉ. — La première équipe qui remporte trois sets de 25 points remporte le match, et donc la Supercoupe.

DIDIER. — Supercoupe ! J’ai bien fait de venir ! Y’a du monde, dites-moi ! C’est toujours comme ça ?

HERVÉ. — Oulà, non. Il y a des journées où c’est bien vide la salle Charpy, malheureusement. Mais j’ai l’impression qu’ils ont fait un effort cette année : les marches sont habillées, les affiches sont majestueuses, la présence des caméras de la télé améliore le décor… Non, non, la Mairie a dû lâcher quelques billets après leur titre européen !

DIDIER. — En tout cas, là, ça en jette ! Et puis, y’a des jeunes dans les tribunes ! Ils font pas mal de bruit… C’est populaire ce sport chez les jeunes ?

HERVÉ. — Ca dépend. Ils sont tous censés en faire au collège mais de moins en moins, hélas. Avec les miens, je fais double ration pour compenser les jeunes qui n’en font pas. Je crois qu’aujourd’hui ils sont nombreux car c’était gratuit pour les scolaires et les étudiants, d’où leur présence. Ce n’est pas toujours comme ça, surtout à Paris, le week-end, où il y a des centaines d’événements, sportifs ou culturels, le même soir.

DIDIER. — Oui, c’est sûr. Si ç’avait été vendredi soir, par exemple, je serais sans doute à la nocturne de Vincennes à parier sur Amazone du Dollar. Mais là, je me suis dit, pourquoi pas ! Mais va falloir que vous m’expliquiez ce qu’ils font là parce que j’y comprends rien du tout…

HERVÉ. — Là, ils passent à la chauffe. Ils attaquent, servent, réceptionnent, pour se préparer. L’usage en France est de le faire en même temps, chacun de son côté, alors qu’aux Etats-Unis, par exemple, c’est différent. Chaque équipe a pendant un temps limité la possibilité d’utiliser tout le terrain. Une fois qu’ils auront terminé, le speaker présentera les deux sept de départ et le match commencera.

DIDIER. — Les 2-7 ?

HERVÉ. — Chaque équipe est composée de six joueurs et d’un libéro.

DIDIER. — Vous avez des Laurent Blanc au volley ?!

HERVÉ. — On a plutôt des Hubert Henno, mais pas sûr que ça vous dise quelque chose. D’ailleurs, seriez-vous capables de me nommer un joueur de l’équipe de France de volley, masculine ou féminine ?

DIDIER. — Euh… (regardant sur le terrain), Chaudet ? C’est français, ça, non ?

HERVÉ. — Haha, oui, c’est un Français, mais il n’est pas en équipe de France. Bien essayé !

20h30 –  Début du match.

HERVÉ. — Y’a pas mal de VIP aussi !

DIDIER. — Qui ?

HERVÉ. — Bouget, Aloro, Boulongne, Debès et compagnie… Granvorka, Chambertin, Tillie, Mazzon, etc.

DIDIER. — J’en connais aucun ! Ce sont des joueurs de l’équipe de France ?

HERVÉ. — Certains, oui. D’anciens. Mais ce soir, très peu de Français sur le terrain. Seul Jean-François Exiga  représente notre pays ; il jouait en équipe de France. Mais le reste : que des étrangers.

DIDIER. — Pourquoi ? Ils sont où les joueurs actuels de l’équipe de France ?

HERVÉ. — Surtout à l’étranger, dans des championnats qui paient plus et où le niveau est parfois meilleur : Pologne, Turquie, Italie, Allemagne, etc.

DIDIER. — Et ils sont bons ?

HERVÉ. — En ce moment, pas mal ! Ils viennent de faire quatrièmes au championnat du monde, donc c’est encourageant. Il faudrait qu’ils gagnent pour être vraiment médiatisés. Vous n’avez pas entendu parler de leur performance, j’imagine ?

DIDIER. — Non, d’ailleurs j’ai hésité à regarder le match de foot ce soir. C’est vraiment parce que j’avais envie de marcher que je me suis retrouvé ici. Et au finale, vous avez raison, Tours est bien meilleur que Paris !

20h42 – Tours mène 14-7.

HERVÉ. — Oui, je pense que Paris a perdu gros en laissant partir Ivovic, le MVP de la saison dernière. Bojic (20 points, meilleur marqueur tout de même, NDLR), son remplaçant, fait pâle figure à côté. On dirait qu’il s’économise ! Mais j’en attends beaucoup de Gjorgiev, dont j’ai lu le plus grand bien. Il a l’air expansif et hargneux, Paris en a besoin !

DIDIER. — Il est quoi ?Gjogiev à l'attaque

HERVÉ. — Macédonien. À côté, il y a un Moldave, un Monténégrin, deux Espagnols, un Allemand et un Estonien. De l’autre côté, deux Américains, un Tchèque, un Portugais, un Belge, un Italien, et un Français, donc.

DIDIER. — Et ils parlent klingon entre eux ?

HERVÉ. — Haha, bonne question. Certains entraîneurs, comme celui de Paris, leur parle principalement français, pour qu’ils s’intègrent, même s’ils ne comprennent pas tout. D’autres leur parlent un peu français, un peu anglais, un peu portugais, comme celui de Tours, qui est brésilien.

20h51 – Brizard entre en jeu à 20-19 pour Tours.

DIDIER. — Ils ont droit à combien de changements ?

HERVÉ. — Six par set.

DIDIER. — On dirait des dimensions !

20h52 – Paris passe devant, 21-20.

DIDIER. — Il a bien fait de rentrer le jeune ! Grâce à lui, les Parisiens sont repassés devant. Dommage qu’il ressorte !

HERVÉ. — Oui, c’est habituel, il fait ce qu’on appelle les passages avant pour bloquer, notamment, car il est plus grand que l’autre passeur. En tout cas, c’est serré ce premier set !

20h56 – Fernandez met une réception de l’autre côté à 25-24 pour Tours.

HERVÉ. — Non ! Quel abruti !

DIDIER. — C’est vrai que celui avec le maillot tagué n’aurait sans doute par raté ! Il est habitué à toucher la balle en premier.

20h57 – Tours mène un set à zéro.

DIDIER. — Bon, allez, une bière !

HERVÉ. — Pourquoi pas !

DIDIER. — Y’a du monde à la buvette… Ca va remplir les caisses du club, ça !Mc Donnel à l'ataque

HERVÉ. — Oui surtout avec les prix exercés lors des événements sportifs, je n’ai jamais compris ça. Les gens savent que c’est cher, et ils y vont quand même !

DIDIER. — En tout cas, vu d’ici, c’est aussi impressionnant ! On a l’impression que ça va encore plus vite vu d’en haut. C’est très rapide comme sport.

HERVÉ. — Paris a l’air de mieux commencer le deuxième set. C’est vrai que Gjorgiev, notamment, avait l’air meilleur sur la fin du premier.

DIDIER. — Oui, et moi j’aime bien les mitraillettes, je trouve qu’ils en font pas assez.

HERVÉ. — Les mitraillettes ?

DIDIER. — Oui, vous savez, quand le petit fait une passe riquiqui au grand qui met un coup de fusil sans attendre.

HERVÉ. — Ah oui ! La fameuse mitraillette ! Haha, on appelle ça une courte ou une fixation, mais je vais garder l’idée !

DIDIER. — En attendant, ils en font un peu plus là. Kreek kreek bang, il le tient bien son revolver !

HERVÉ. — Tiens, y’a Hoag qui entre. Vous savez qui c’est ?

DIDIER. — Le frère de Chabal ?

HERVÉ. — Non, le fils d’un illustre entraîneur, Glenn Hoag, qui a remporté la Ligue des Champions avec le Paris Volley en 2001. Il fait une très belle partie, sur belle passe il fait pratiquement tous ses points ! (13 points en 3 sets, 57% à l’attaque, NDLR)

DIDIER. — Ben pourtant moi j’aurais bien dit un Conan ou un Rahan.

HERVÉ. — Moi je vois plutôt Marcel Patulacci des Inconnus.

21h25 – Paris recolle à un set partout.

HERVÉ. — Quoi qu’il en soit, même si Paris a remporté cette deuxième manche, il a fait une belle entrée !

DIDIER. — Si je peux me permettre, les cheerleaders, j’ai vu plus sexy. Mais elles ont du mérite, ça doit pas être facile ! Même chose pour le speaker, pas toujours évident de mettre de l’ambiance dans une telle enceinte. Je préférerais être celui qui fait tourner les disques, lui, on ne le voit pas !

HERVÉ. — Oui, c’est toute une organisation. Vous voyez les bénévoles avec leur polo du Paris Volley qui s’affairent un peu partout ? Ils doivent penser à tout : recevoir les VIP, s’occuper de la presse, faire entrer les spectateurs, prendre les statistiques, nettoyer le parquet, faire la sécurité, régler les problèmes de matériel, anticiper l’après-match, etc. Je trouve ça beau de voir toutes ces petites mains participer à un grand événement comme celui-là.

21h36 – Début du troisième set.

DIDIER. — En parlant de sécurité, y’a un nouveau joueur là : Gardien !

HERVÉ. — Oui, c’est un jeune qui est passé notamment par Asnières, un des clubs formateurs de la région.

DIDIER. — Asnières-sur-Seine ! J’aurais pas cru. C’est toujours étonnant de voir dans quelle ville sont joués quels sports… Oh, carton jaune ! Vous faites tout comme le foot !

HERVÉ. — Oui, sauf qu’au volley, maintenant, le carton jaune, c’est rien. Juste un avertissement. Ça peut s’aggraver par la suite, mais c’est rare. Le volley est un sport plutôt poli de ce côté-là, on n’a pas le droit de regarder l’adversaire après avoir marqué le point. Non seulement il n’y a pas de contact physique, mais le règlement interdit aussi le contact psychologique. Si ça ne tenait qu’à moi, ça ferait longtemps que cette règle serait abrogée !

DIDIER. — Oui, c’est vrai que ça doit être plus vivant quand on se taquine un peu. Mais je dois dire que je suis agréablement surpris du spectacle !

22h20 – Début du tie-break.

DIDIER. — Le speaker a dit que c’était la première équipe à 15 points, n’importe quoi…

HERVÉ. — Non, non, il a raison, au temps pour moi. J’ai oublié de préciser que 25 points c’était pour tous les sets sauf pour l’éventuel cinquième.

DIDIER. — Ah d’accord, ça va aller vite ! Pronostic ?

HERVÉ. — Je vois bien Paris sur sa lancée… 15-12.

DIDIER. — Y’en a qui ne vont jamais entrer, je sens. Ça doit être frustrant d’être comme ça dans un coin. D’ailleurs, pourquoi sont-ils debout ?

HERVÉ. — Pour rester chauds.

DIDIER. — Oui mais au hockey, en NBA ou au handball, ils sont assis, non ? Je vois pas en quoi ils seraient plus chauds debout !

HERVÉ. — Pas faux !

22h44 – 10 partout.

DIDIER. — La pression monte, c’est serré !

HERVÉ. — Oui, il faut tenter quelque chose.

22h46 – 12-12, après quatre fautes de service consécutives.

DIDIER. — C’est fou ! Pas un pour rattraper l’autre ! Je pense qu’avec un peu d’entraînement, je servirais mieux qu’eux ! Dans le terrain !!

HERVÉ. — Oui, mais ils ne peuvent pas se permettre de servir facile.

DIDIER. — Vous voyez, lui là, Konecny, il sert dans le terrain, et Tours fait le point. C’est pas compliqué ! Y’en a qu’un d’intelligent en fait !

HERVÉ. — Vous avez pas tort d’un côté, mais faut bien comprendre que c’est du haut niveau, la limite est très fine entre faute et mise en difficulté maximum.Tours remporte la Supercoupe

DIDIER. — Ah ben voilà, c’est le même Konecny (seulement 36% à l’attaque, NDLR) qui conclut sur une attaque. Y’a pas de mystère, je le prends dans mon équipe lui si je suis entraîneur !

HERVÉ. — Eh bien voilà, après un match, vous avez repéré un des meilleurs joueurs du championnat, il faudra le suivre pour voir si vous avez toujours raison dans quelques mois ! Mais pour moi, le MVP de ce soir est David Smith, le central tourangeau (8 points à l’attaque à 80%, 7 blocs, un ace, NDLR).

DIDIER. — J’essaierai ! Merci de m’avoir éclairé tout au long de ce match, je n’aurais pas pris autant de plaisir sans vous. À la prochaine !

22h50 – Tours remporte la Supercoupe, 3 sets à 2 contre Paris. Hervé et Didier se quittent, l’un ayant appris sur l’autre, l’un ayant appris de l’autre, et tous deux convaincus que ce sport avait des secrets encore bien dissimulés. Demain, Hervé se retrouvera devant ses élèves et Didier sur son chantier, avec en tête ce contre, cette passe à une main ou cette défense réflexe. Jusqu’au prochain épisode !



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