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Trop d’émotions

En ce 21 juillet 2015, seul un sentiment semble pouvoir les rassembler tous : trop d’émotions.


Le 21 juillet 2015

 

Ils l’ont fait. Du premier stage de prépa à la balle de batch conclue par Antonin contre la Serbie, ils ont traversé un parcours du combattant, sont montés constamment en puissance, et ont validé la première victoire du volley sénior en compétition internationale. De véritables héros qui ont fait passer leurs supporters (les passionnés ainsi que quelques néophytes attirés par le parfum du succès) par toutes les émotions pendant cette Ligue Mondiale. Ascenseur émotionnel même, quand on considère coup à coup la qualif’ au Final 4, le match contre le Brésil, la balle de match sauvée contre les Etats-Unis, la blessure de Kevin contre la Pologne, la victoire au Final 6, l’épisode de la SNCF… Evidemment, nous nous devons d’en parler, avec toute la précaution de rigueur, mais sans ambages. Dans ce long article, nous donnerons la parole à Hubert Henno, qui a participé à cette victoire dans la mesure où il a accompagné l’équipe de France dans sa préparation au cas où Jenia se blessait. Puis nous avons recueilli les impressions de Franck Laffite, artisan de ce trophée mondial. Enfin, nous tenterons de livrer notre analyse sur cette semaine riche en émotions.

Propos recueillis le 20 juillet auprès d’Hubert Henno, libéro du groupe élargi de l’équipe de France :

Comment ont évolué tes sensations pendant l’été vis-à-vis de l’équipe de France (de ta présélection à la victoire d’avant-hier) ?

J’ai découvert un groupe motivé et bosseur qui n’avait qu’une idée en tête : les JO. L’objectif de l’été était de remonter dans le groupe 1 de la World League et permettre à quelques éléments des A’ d’intégrer les A en cours de saison. Au fur et à mesure des matchs je les ai sentis monter en puissance et survoler la compét’ en Bulgarie. Pour le Final 6, ils étaient dans la configuration « sans pression ». Pour une fois, tout s’est goupillé à la perfection : le Brésil, la Russie, les USA éliminés, la Pologne vaincue et la Serbie dominée en patron lors de la finale, un sentiment de puissance t’anime.

Un mot sur les joueurs et le staff ?

Tous ont été forts durant le début de la Ligue Mondiale. À la fin, Earvin a tiré son épingle du jeu en leader (le TP du volley). Benjamin, un vrai métronome à la passe. Jenia et Kevin toujours aussi précieux derrière. Leroux monstrueux au service. Le Goff et Antonin ultra-puissants et quand tout le monde est au diapason, c’est la VICTOIRE. Le staff a dû faire quelques nuits blanches mais pour quoi : du bonheur. Donc bravo à eux qui ont mené ce groupe à la première place.

Que penses-tu de la médiatisation du parcours ? des échos sur les réseaux sociaux ?

Pendant quelques jours le volley a été la place forte du sport, bien sûr un peu en retrait par rapport au tennis, au cyclisme ou autre mercato du PSG, mais on en a parlé et permis au volley d’exister ; QUE ÇA CONTINUE. Je suis persuadé que ce groupe peut continuer à performer pendant quelques olympiades, mais pour ça il faut se qualifier et ce ne sera pas simple.

Que penses-tu du titre de MVP d’Earvin ?

Earvin est incontestablement la pierre angulaire de l’équipe, le leader sur et hors du terrain, c’est l’homme du money time. Il a (encore) besoin de se canaliser et d’être un peu contrôlé mais reste très lucide malgré tout.

Quels ont été tes contacts avec les joueurs de l’EDF pendant la World League ? Comment les as-tu sentis ?

J’ai pu rester en contact avec certains pour les féliciter et leur parler de leur parcours car ils étaient un peu coupés du monde, ils n’étaient pas conscients de l’impact qu’ils nous transmettaient de par leurs résultats. Ils semblaient de plus en plus sereins et sûrs d’eux.

Quel projet pour l’avenir ?

Essayer de faire fructifier cette victoire par de la communication pour faire décoller le volley et surtout essayer de rester au top le plus longtemps possible car il y a une carte à jouer.

Comment surfer sur la vague de cette EDF pour promouvoir notre sport ?

Les générations futures doivent se servir de l’exemple de cette équipe de potes mais guerriers avant tout pour se dire que la France n’est plus qu’un simple faire-valoir mais bien une grande nation du volley.

Franck Laffite, auteur de deux blocs décisifs en demi-finale

Propos recueillis le 20 juillet auprès de Franck Laffite, central de l’équipe de France :

Comment as-tu vécu l’été ?

La préparation a été longue et dure, mais ça se concrétise à la fin. L’année dernière, on a autant galéré voire plus et ça s’est arrêté brutalement à Sydney. On est tous passés par des moments difficiles, certains n’ont eu que trois jours de vacances, sans compter les voyages, ça a été un véritable parcours du combattant. Ca récompense les trois années de travail, notamment les années où on a galéré en niveau 2 avec les décalages horaires en Asie, c’est magnifique.

Quel est le secret de cette team ?

La force de cette équipe est que tout le monde est soudé, staff y compris, le même état d’esprit, pratiquement la même génération, on se connaît depuis qu’on a quinze piges. Y’a peut-êtrequelques stars comme Earvin et Antonin, mais il n’y a pas de passe-droit, tout le monde est logé à la même enseigne. C’est là-dessus que la performance se réalise, chacun se bagarre pour le copain, les mecs font pas la gueule quand ils sortent, c’est un tout.

Qu’est-ce qui va changer ?

Un petit plus de place dans les médias et encore. L’agence de presse Blanco Negro, via Audrey Tort, qui travaille sur la promotion de notre équipe a fait un beau travail ces deux dernières années. Aujourd’hui, par exemple, on a une journée médias, tout est bien organisé. Avant, c’était moins le cas, ou en tout cas il y avait moins d’articles. Il s’est créé un engouement autour de cette équipe, grâce notamment à l’identité autour de la team Yavbou. On peut imaginer que ceux qui sont pas trop volleyeurs vont commencer à s’y intéresser.

Raconte-nous l’histoire de ce #codemillion.

Déjà l’année dernière, on y croyait un peu, on avait en tête Florence. Mais cette année on y a vraiment cru, on a posé les cojones. Laurent nous a fait un petit speech après la finale où il nous disait que notre grosse qualité était que l’on soit sûrs de nous, qu’on croyait en nos forces pour arriver aux performances. Après la demi-finale dans les vestiaires, un parfum de sérénité et de concentration régnait, tout le monde était vite tourné vers la finale contre la Serbie. On a gagné en maturité.

Quelques souvenirs :

– la balle de match pour les USA

C’était tellement tendu, on était menés 16-10, à ce moment-là y’a plus vraiment de consignes, on met les tripes par terre, on n’a même pas vraiment regardé le score.

– avant tes deux blocs dans le tie contre la Pologne

C’est un peu pareil, un moment surréaliste, j’y vais en mode guerrier, avec des consignes un peu dans le coin de la tête, mais avec surtout l’envie de bien faire. Je suis derrière deux mutants, Nico et Keke qui ont des physiques de centraux internationaux, moi je suis un peu plus petit, j’ai un service de merde, mais Laurent sait que s’il me fait rentrer je suis là pour dynamiser le bazar, et c’est ce qui s’est passé contre la Pologne, un souvenir incroyable.

– après la balle de match contre la Serbie.

Une explosion de joie, y’a pas d’autres mots.

Le retour en France ?

C’était dingue, y’avait du monde partout à l’aéroport, une quinzaine de caméras, des personnes qui y’avait du monde ce matin, 15 caméras, autographes voulaient nos autographes, quelque chose d’inoubliable. On va profiter des vacances maintenant, on en a besoin, mais qu’est-ce que c’était bon.

Le Most Valuable Player de la World League 2015

 

Comment conclure ? Premièrement, nous ne pouvons nous empêcher de repenser à certains articles que nous avons déjà écrits : du « Cher Air-win » de Mr. Grumpy au « Et si… » de la veille de la finale… Deuxièmement, nous doutons. Nous ne savons pas, aujourd’hui, quelle voie va emprunter le volley-ball français. Va-t-il prendre de la hauteur et emboiter le pas au hand et au basket qui ont bénéficié respectivement d’une répétition de titres et d’un championnat NBA habité par des Français, dont certains avec des bagues ? Ou bien va-t-il manquer le train ? Troisièmement, en tant que média militant pour la promotion de notre sport, nous voulons à tout prix mettre l’accent sur l’exploit que viennent de réaliser nos joueurs de l’équipe fanion.

De là où nous étions, seuls ou ensemble, sur grand écran ou sur un portable, nous avons tous vécu l’histoire improbable de cette bande de potes à laquelle nous nous sommes identifiés. Ils nous ont autant fait voyager qu’ils ne l’ont fait littéralement. À chaque défense, chaque contre-attaque, chaque challenge, nous avons retenu notre souffle. Jusqu’au dernier point d’Antonin qui a réalisé de loin sa meilleure compétition internationale : constant sur une vingtaine de matches, affûté et prêt mentalement, il aura été la soupape de décompression de cette team Yavbou. À l’opposé de la diagonale, Benjamin a été plus que parfait, dans le side-out, les passes de transition sur défense, au service, mais surtout pour son intelligence et sa différence : sans doute plus réservé et réfléchi que les autres, il nous a éblouis par son calme. Nous n’allons pas passer en revue chacun d’entre eux mais nous aurions tant de louanges à écrire… sur Earvin y compris.

Ses titres de meilleur réceptionneur-attaquant et de MVP sont amplement mérités, tant c’est principalement à lui que l’équipe de France doit le sacre. D’aucuns diront qu’il n’est pas irréprochable en récep ou qu’il fait de temps en temps trop de fautes directes, nous leur rétorquerons qu’il a le talent et la folie pour éteindre n’importe quelle équipe à lui seul. La folie, il l’a montrée aussi hélas à la gare Montparnasse. Quel autre sportif est capable d’une telle ineptie ? Comment passer outre cette faute directe-là ? Pourquoi a-t-il jumpé ainsi ? Une tentative d’explication (et pas d’excuse) serait de considérer le mélange d’un caractère fort voire dément, d’un trop-plein d’émotions pendant l’été et d’une starification qui monte à la tête. Nous ne savons ni les tenants et les aboutissants de cette affaire, ni le pourquoi du comment, mais nous sommes tristes. Nous qui travaillons jour après jour pour promouvoir le volley avons été anéantis devant l’impact négatif qu’a eu cette énième rixe.

Pour rester sur une note positive, nous retiendrons le bonheur que nous a procuré cette équipe de France. Dans les montagnes russes des émotions que nous avons décrites plus haut, nous aurions simplement adoré que le manège s’arrête juste avant le dernier looping qui nous a chamboulés. Nous restons malgré tout confiants pour l’avenir, convaincus qu’ils se qualifieront pour les Jeux Olympiques, qu’ils y figureront bien, et qu’ils répéteront ce qui ne sera dès lors plus un exploit mais une routine de succès à l’image des handballeurs.

#France



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